lundi 11 juillet 2011

DESTRUCTURATION DE L’ECONOMIE SENEGALAISE/ Un facteur nommé Karim Wade


De président du Conseil de surveillance de l’Agence nationale de l’organisation de la conférence islamique (ANOCI) à super ministre d’Etat (Coopération internationale, Transports aériens, Infrastructures et Energie), Karim Wade a pesé énormément sur l’économie sénégalaise. Et pour prendre à défaut ses détracteurs, Karim Wade, «comme tout être humain, demande à être entendu, jugé sur des actes vérifiés et donc probants et non sur des rumeurs sans fondement».

Un texte de lamentations pour dire aux Sénégalais, que la presse et certains segments du pays l’ont «sanctionné sans être entendu, jugé dans des procès sans défense (et) ‘condamné’ sans recours possible». Voilà en substance ce qu’a servi à l’opinion Karim Wade (dont on ne sait à quelque titre il parlait) après les événements des 23 et 27 juin. Il se dit être «la cible d’attaques profondément injustes» de la part d’«une partie des acteurs politiques aidée en cela par certains journalistes, - véritables machines de guerre contre ma petite personne». Et pour prendre à défaut ses détracteurs, Karim Wade, «comme tout être humain, demande à être entendu, jugé sur des actes vérifiés et donc probants et non sur des rumeurs sans fondement». EnQuête a interrogé les faits économiques liés aux «actes» posés par celui que son père et chef de l'Etat présente comme «le plus intelligent» au point de lui confié quatre grand département réunis en un.

A l’origine des dépenses extrabudgétaires

«Jamais dans l'histoire du Sénégal, un homme public n’a reçu, autant de coups, de propos diffamatoires et outrageants», dit Karim Wade. Il oublie aussi que jamais dans l’histoire du Sénégal, un homme public n'a concentré autant de ressources entre ses mains pour des résultats douteux, du moins très discutables. En effet, «depuis (son) entrée dans l’espace public en qualité de Conseiller spécial du président de la République, puis de président du Conseil de surveillance de l’Agence nationale de l’organisation de la conférence islamique (ANOCI) et actuellement comme ministre d’Etat, ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie», le système économique sénégalais est en constant dérèglement.

Les mécomptes de l'Anoci

Le Sénégal dont la croissance économique moyenne oscillait entre 5 et 6% a accusé le coup depuis l'entrée en scène de celui qui concentre sous sa coupe 5000 agents, 2 ministres délégués et 3 Directeurs de cabinet, selon sa dernière livraison «Jeune Afrique». En 2005, les chantiers de l’Anoci sont venus en effet tout remettre en cause. D’ailleurs, Sogué Diarisso, ex-Directeur de la prévision et des études économiques (Dpee) l’expliquait assez bien dans une interview accordée à nos confrères de «Kotch» en avril 2010. «Si vous me demandez ce qu’était l’état de l’économie en 2005, je serais beaucoup plus à l’aise pour le dire. En 2005, le Sénégal avait le meilleur cadre macroéconomique en Afrique subsaharienne. Et c’était dans les rapports officiels de la Banque mondiale. (…) A partir de 2005, avec l’allègement de la dette multilatérale, la quasi-totalité de la dette extérieure était annulée. On s’est lancé dans des plans dispendieux au moment où il ne fallait pas», disait l’économiste. M. Diarisso citait justement l’Anoci duo Karim Wade-Abdoulaye Baldé. «Il y a les chantiers de l’ANOCI (avec) les sommes faramineuses (dépensées) pour un petit pays comme le Sénégal. Que voulez-vous ? L’économie va s’en ressentir». Et la conséquence sur l’économie, c’est la ponction des crédits de tous les ministères pour faire face aux travaux dont le président Wade disait pourtant qu’ils seraient «financés par des dons». Ce qui donna naissance à des dépenses extrabudgétaires qui reste encore à être totalement apurés, une perte de croissance due en partie à la morosité de l’activité Btp. Le privé national dans ce secteur a été chahuté et préféré aux étrangers. Bara Tall et ses 3000 travailleurs sont là pour en témoigner.

Le Km de route à 5 milliards

Le bilan indépendant des chantiers de l’Anoci est toujours attendu. Mais en espérant que les corps de contrôle comme la Cours des comptes le fassent, le journaliste Abdou Latif Coulibaly en a dressé les «Contes et mécomptes de l’Anoci», dans un document d'enquête qui fit mouche. C’est ainsi que le confrère découvre que les appels d’offres ont été une «mascarade» réglée comme papier à musique à la présidence de la République. Que le km de route a coûté plus de 5 milliards de francs Cfa, sans doute l'un des bitumes les plus chers au monde après le Japon situé en zone sismique.
Nommé ministre d’Etat aux multiples portefeuilles dont celui des Transports aériens en mai 2009, Karim Wade, devant la faillite d’Air Sénégal international (Asi) et la détresse des travailleurs, promettait une nouvelle compagnie avant la fin de l’année. Au finish, les Sénégalais ont attendu 18 mois pour voir les ailes de Sénégal Airlines se déployer. Et de quelle manière ? D’abord, dans le capital de 17 milliards de francs Cfa, l’Etat y détient 34% représentant en fait les droits de trafic évalués à plus de 60 milliards de francs Cfa.
En outre, le déploiement de Sénégal Airlines s’est fait au détriment d'autres compagnies dont 47% des vols hebdomadaires en direction de Dakar ont été réduits. Sn Brussels passe de 7 à 3 vols par semaine, Air Europa (de 3 à 1 vol par semaine), Tap Air Portugal (7 à 3 vols par semaine), Royal air Maroc (de 14 à 3 vols par semaine), Iberia (de 7 à 4 vols par semaine), South African Airways (de 21 à 14 vols par semaine). «Inexorablement (cela va) entraîner des pertes massives d’emplois dans le secteur aéroportuaire», s'écriait en avril dernier le syndicat des travailleurs du secteur (Suttaaas). Ses responsables ont dénoncé des renégociations des droits de trafics «sans tenir compte des centaines d’emplois crées par les sociétés d’assistance (Shs, Ahs, Senca, Dakar-catering, Abs et sociétés de contrôle documentaires…) dans le but de protéger les intérêts d’un seul opérateur Sénégal Airlines». Une préférence nationale qui tue des nationaux !

Plan Takkal, un gouffre financier sans lumière
La dernière trouvaille de Wade-fils est comme les précédentes, coûteuse pour le contribuable sénégalais avec très peu d’effets : son plan de relance de secteur de l'énergie. La Loi de finances rectificative (Lrf) de 2011 dit que le Plan Takkal est alimenté principalement à partir du Fonds spécial de soutien du secteur de l’énergie (FSE) qui «bénéficiera de crédits de 210,1 milliards de francs Cfa» sur les 650 milliards nécessaires. Et dans la dernière livraison «Ja», Karim Wade clame avoir «d’ores et déjà financé 90%» du Plan Takkal, soit 464 milliards de francs Cfa. Il faut cependant dire que pour les 210 milliards, ce sont tous les budgets des autres ministères, comme pour l’Anoci, ont fait l’objet de ponction. Ce qui, sans conteste, aura un fort impact sur tous les projets et marchés des autres ministères. D’ailleurs, les bailleurs de fonds comme l’Union européenne, le Fonds monétaire international et les Etats Unis n’ont pas manqué d’exprimer des réserves sur ces ponctions qui finissent pas durablement impacté sur l’éradication de la lutte contre la pauvreté.
Toujours dans le secteur de l’énergie, les premières mesures consistant à faire le diagnostic ont jeté le trouble. Les 6 cabinets (choisis sans appel d’offres) qui ont participé à l’audit du secteur de l’énergie, ont été rémunérés à hauteur de 1,418 milliards. Ce sont peut-être les audits les plus chers jamais réalisés au Sénégal.
Ministre des Infrastructures, Karim Wade, pour son premier passage à l’Assemblée nationale pour le vote du budget de son ministère, avait promis aux banlieusards de Pikine et Guédiawaye une «opération zéro nid-de-poule». Mais c’est plutôt l’effet «mille nids-de-poule » que les populations ont eu droit. En effet, en dehors des grands axes (Corniche, Vnd, autoroute, boulevards et avenies), rares sont les routes où les nids-de-poule et les crevasses ne constituent pas aujourd’hui le décor.

Bachir FOFANA

vendredi 8 juillet 2011

Qui est Robert Bourgi?


Avocat, émissaire officieux de la Sarkozie en Afrique, supporter du nouveau président gabonais Ali Bongo et tombeur de Jean-Marie Bockel... Portrait de Me Robert Bourgi, entre Seine et palais africains.
C'est l'histoire d'un "musulman chiite" de 64 ans qui vénère le chablis, ne dédaigne pas le travers de porc et fit baptiser ses enfants dans la foi catholique. L'histoire d'un avocat au Barreau de Paris qui se vante de n'avoir enfilé qu'une seule fois la robe noire plissée -le jour de sa prestation de serment, en 1993- et n'a jamais plaidé, déléguant cette tâche ingrate à son épouse, Me Catherine Vittori. L'histoire d'un de ces "fils spirituels" de Jacques Foccart, qui se disputèrent à son chevet la dignité de légataire du marabout africain du gaullisme et de ses avatars; le plus tenace d'entre tous, sans doute, puisque lui refit surface quand les autres héritiers présomptifs sombraient ou changeaient de cap. L'histoire, enfin, d'un émissaire de l'ombre qui ne sut y rester, oublieux du précepte foccartien -"En Afrique, reste à l'abri du soleil: il brûle"-, d'un missi dominici qui doit moins son pouvoir à ses talents indéniables de bonimenteur qu'à l'influence qu'on lui prête, à tort ou à raison, entre bords de Seine et palais africains.
Robert Bourgi est en fait l'ultime porte-étendard d'un archaïsme post-colonial. Dans une France adulte, résolue à normaliser -au sens étymologique du terme- sa relation à l'Afrique subsaharienne, il officierait au mieux comme conseiller de quelque compagnie pétrolière ou émissaire à mi-temps de potentats isolés en mal d'éclaireurs. Dans celle de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant -le secrétaire général de l'Elysée-, le voici propulsé, bien au-delà d'un si trivial gagne-brioche, au rang de missi dominici redouté, voire de stratège.
"Maître Bob" fait d'ailleurs son miel de l'ignorance conjuguée des réalités du continent noir dont pâtissent "Sarko" et son omnipotent sherpa. Il les initie, quitte à forcer sur les stéréotypes culturels et l'exotisme de pacotille, à une Afrique peuplée de zombis, de sorciers, et de "2e bureaux" -les maîtresses des puissants. Quoi de plus aisé que de convaincre les néophytes qu'au détour du bois sacré, les liens personnels et les histoires de fesses importent plus que la logique d'Etat? Vision désuète, paternaliste, condescendante du "berceau de l'humanité", mais tellement séduisante pour des esprits supposés cartésiens.
Il y a d'ailleurs chez Robert Bourgi quelque chose de suranné. A commencer par son charme patelin de séducteur vieillissant, dont l'oeil frise à la vue d'une fringante jeunesse. L'homme ne manque certes ni d'entregent, ni d'humour, ni de cette indolence orientale qu'il pimente de jugements féroces. Il reçoit d'ordinaire dans le salon cossu du cabinet conjugal, au rez-de-chaussée d'un immeuble chic de l'avenue Pierre-1er-de-Serbie (Paris XVIe). Là, entre un buste de Napoléon et les photos dédicacées de grands de ce monde-, l'avocat distille aveux, fausses confidences, demi-vérités, et scoops minés.

C'est lui qui, le 7 juin dernier, annonça le trépas de son "papa" adoptif Omar Bongo Ondimba
On se souvient l'avoir entendu narrer, avec un prodigieux luxe de détails, la remise par un envoyé du président ivoirien Laurent Gbagbo d'une fortune en cash dans le bureau élyséen de Dominique de Villepin, l'ami qu'il lâcha en 2005 pour rallier le panache, plus prometteur, de Nicolas Sarkozy. De même, c'est lui qui, le 7 juin dernier, offrit en exclusivité au site internet de l'hebdomadaire Le Pointl'annonce du trépas, dans une clinique catalane, de son "papa" adoptif Omar Bongo Ondimba.
Natif de Dakar, Jaffar -son prénom musulman- Bourgi est le rejeton d'une fameuse dynastie libano-sénagalaise. Prospère négociant en textile, son père Mahmoud, venu des confins sud du pays du Cèdre en 1918, croise la route tortueuse de Foccart, avec qui il tisse des relations d'affaires sur fond de commune admiration pour "le Grand Charles". De la copieuse fratrie -13 enfants-, deux autres Bourgi émergeront. L'avocat Rasseck, mais aussi et surtout l'universitaire Albert, inlassable pourfendeur des turpitudes d'une Françafrique que son cadet incarne jusqu'à la caricature. Voilà d'ailleurs des années que les deux frangins ne se parlent plus.
Coopérant, "Bob", qui parle l'arabe et le wolof, enseigne la droit à Cotonou (Bénin), Nouakchott (Mauritanie) et Abidjan (Côte d'Ivoire), où il se lie avec un indocile prof d'Histoire nommé Gbagbo. Au rayon des missions officielles, rien, sinon, de 1986 à 1988, un poste de conseiller politique au cabinet de Michel Aurillac, ministre de la Coopération et futur fondateur du Club 89, fer de lance des réseaux néo-gaullistes dont "Bob" animera le chapitre africain. Ce qui lui valut d'ailleurs une cuisante mésaventure gabonaise.
En 1998, c'est en effet lui qui cornaque la désolante équipée d'une douzaine de magistrats et avocats, dont Georges Fenech, Francis Szpiner et Gilles-William Goldnadel, venus cautionner à Libreville, et aux frais de la présidence gabonaise, un scrutin plus que douteux. Dans la missive qu'il adresse le 28 novembre de cet année-là à l'émir Omar pour l'informer des préparatifs de la mission, Bourgi se réjouit d'avoir recruté des observateurs présumés sûrs. Modèle de piété filiale, le courrier se termine par ses mots: "Allez Papa, vous nous reviendrez à Paris en triomphateur des élections. Dieu vous garde! Votre fidèle et respectueux Robert." Lui revint au pays avec une mallette bourrée de billets, pactole destiné semble-t-il au Club précité. Pincé à son arrivée à Roissy, le messager persistait huit ans après les faits à nier, tout comme il s'évertuait à minimiser son rôle de GO.
Le messager l'admet pourtant: il n'a rien contre le liquide. C'est ainsi que plusieurs de ses clients -le Congolais Sassou Nguesso, l'Angolais Dos Santos, le Béninois Boni Yayi, le Centrafricain Bozizé- le rétribuent parfois. Mais qu'on se rassure: celui qui se prévaut d'avoir obtenu la tête de Jean-Marie Bockel "déclare tout au fisc". Ouf!

Par Vincent Hugeux, publié le 09/09/2009 (www.lexpress.fr)

Robert Bourgi, vétéran de la Françafrique


Sa Maserati est garée à trois pas de ses bureaux, dans le 16e arrondissement de Paris. Lorsque Robert Bourgi se rend en Afrique, c'est presque toujours dans un avion privé affrété par une grande entreprise intéressée par son carnet d'adresses au Gabon, au Congo-Brazzaville, en Côte d'Ivoire ou par un chef d'Etat africain auquel il vend la promesse de contacts politiques de haut niveau en France. Cet entregent est manifestement la source de cette vie confortable, bien plus que son statut officiel d'avocat, lui qui avoue en riant : "C'est ma femme, Catherine, qui traite les dossiers et plaide. Moi, j'apporte les affaires. D'ailleurs, je n'ai passé la robe que le jour de ma prestation de serment."
A table, il est volubile, amusant, grand amateur de chablis bien qu'il s'affirme "musulman chiite" et plus encore de femmes "sauf des Africaines avec lesquelles (il n'a) même jamais dansé". Du vivant d'Omar Bongo, il régnait sur l'Hôtel Meurice, le palace parisien où le président gabonais recevait lors de ses séjours en France. Les hommes d'affaires de toutes sortes faisaient antichambre. Pas lui. Bongo était tout à la fois son client, peut-être son ami, et en tout cas le parrain de la petite fille qu'il a eue, tardivement, d'une liaison adultérine assumée, y compris par son épouse- Bourgi étant lui-même le parrain de l'un des fils de Bongo.
Robert Bourgi a toujours appelé Omar Bongo, à l'africaine, "papa". Le secrétaire d'Etat français chargé de la coopération, Alain Joyandet, se souvient de l'avoir vu entrer sans frapper dans la suite du président pour s'introduire sans façon au milieu de leur conversation.
Autant dire que la mort du chef d'Etat gabonais et l'élection présidentielle du dimanche 30 août sont un enjeu majeur pour celui qui se targue d'être le fils spirituel de Jacques Foccart - grand ordonnateur du gaullisme en Afrique et des réseaux qui s'assurèrent après les indépendances de la soumission des anciennes colonies africaines aux intérêts de la France.
C'est Robert Bourgi qui a laissé filtrer, le 7 juin, d'un coup de fil au Point, la nouvelle de la mort d'Omar Bongo. "Ce soir-là, il était mort cliniquement. Je ne sais même pas s'il n'était pas parti avant", glisse-t-il tranquillement. Quelques heures plus tard, malgré les démentis farouches de l'Etat gabonais, l'AFP confirmait la mort du doyen de la Françafrique, citant "une source proche du gouvernement français", qui, à en croire Bourgi, n'était autre que... lui-même.
Existe-t-il plus haut attribut du pouvoir que de décider de l'heure de la mort d'autrui ? Ce fut, en tout cas, la façon la plus efficace de signifier au plus haut sommet des Etats français et gabonais un message clair : il faudrait compter avec lui pour gérer la succession.
Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, le franc-tireur Robert Bourgi est partie prenante de la politique africaine de l'Etat. Dans la galaxie foisonnante des intermédiaires et des communicants qui vendent leur influence aux dirigeants africains, il occupe une place à part. "Je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy", insiste-t-il.
Cet été, il a mis toute son énergie au service de l'élection de son poulain, Ali BenBongo, fils et héritier du président défunt qu'il présente comme "le meilleur défenseur des intérêts français dans tous les domaines". Mais son candidat est aussi son client : "Si Ali Bongo n'est pas élu, Bourgi perd l'un de ses derniers gros marchés", résume un haut diplomate.
D'où vient que ce sexagénaire chaleureux, né à Dakar dans une famille de grands commerçants libanais et "initié à l'Afrique par M. Foccart", ait gardé tant d'influence à droite, notamment auprès d'un Nicolas Sarkozy qui, lors de sa campagne, promettait d'en finir avec ces réseaux parallèles à la diplomatie ?
D'un sens aigu de la psychologie du pouvoir. D'un charme à la fois viril et désuet. D'un goût affirmé de la discrétion. Et d'un très solide réseau. Car Robert Bourgi, fils d'un riche importateur de textile, a su faire fructifier ses connaissances. Son père a noué des relations d'affaires avec Jacques Foccart. Le conseiller de De Gaulle, puis de Georges Pompidou, dirige alors une société d'import-export de tissu, la Safiex, "en relation d'affaires avec papa, un richissime importateur de textile" à Dakar.
Mahmoud Bourgi, gaulliste de la première heure, est l'un des premiers inscrits au Rassemblement du peuple français (RPF). Son fils écrit donc à Foccart, lorsque, après des études de droit en France, il cherche une situation. Sa thèse de doctorat d'Etat a porté sur "Le général de Gaulle et l'Afrique noire". Il enseigne le droit comme coopérant à Cotonou, Nouackchott puis Abidjan. Il rêve de mieux.
A la faculté d'Abidjan, il a rencontré Laurent Gbagbo, alors professeur d'histoire, qui deviendra en 2000 président de la Côte d'Ivoire. Jacques Foccart n'a pas de successeur. Mais il introduit Bourgi auprès de Jacques Chirac. et surtout, en 1978, auprès de l'homme-clé de l'Afrique de l'époque, l'inventeur du concept de Françafrique, le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny. Les relations avec le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, puis avec Omar Bongo suivront.
Avec tous, Robert Bourgi copie ce mélange de déférence apparente et de familiarité propre à Foccart et y ajoute son humour et sa chaleur orientale. En France, il s'est immiscé avec le même entregent dans les milieux politiques, auprès de Jacques Chirac, de Charles Pasqua - avec lequel il se fâchera - et de Nicolas Sarkozy, rencontré en 1983 au siège du RPR, "un gamin brillantissime", dit-il.
En 1997, la mort de Jacques Foccart menace soudain de le fragiliser. Il va jouer son coup de maître. Le jour de l'enterrement, alors qu'il pleure comme un enfant la mort de ce "second père", Chirac le prend dans ses bras et le convie à passer le soir même à l'Elysée. Il y a là son secrétaire général Dominique de Villepin. Et Jacques Chirac adoube Robert Bourgi : "Vous allez travailler ensemble, Dominique et vous. Si je ne suis pas disponible, c'est lui qui vous recevra."Désormais, Bourgi initiera Villepin à l'Afrique.
Cela ne va pas sans résistance. Le Quai d'Orsay est révulsé par les méthodes de Bourgi. Le conseiller officiel pour l'Afrique de Jacques Chirac, Michel de Bonnecorse, affirme que le président lui a répondu, alors qu'il lui demandait que faire des demandes de rendez-vous de Bourgi : "Vous ne le prenez pas au téléphone, vous ne le recevez jamais à la présidence. S'il a des choses à dire, qu'il les dise au ministère des affaires étrangères."
Il n'empêche, Robert Bourgi rencontre Dominique de Villepin une fois par mois. Il lâchera cependant le protégé de Jacques Chirac le jour où il comprendra que celui-ci n'a aucune chance de l'emporter à la présidentielle. "Bourgi a ramené à Sarkozy la ration d'aide financière prévue pour Villepin de la part de Bongo et de Sassou", assure aujourd'hui un chiraquien.
Son rôle auprès de Nicolas Sarkozy ? "Du trafic d'influence", pestent les diplomates qui assurent qu'il crée de faux conflits entre la France et les chefs d'Etat africains afin de monnayer sa capacité à les réconcilier. "Je travaille à la fois pour les présidents africains et pour le président français, explique-t-il tranquillement. Je ne suis pas conseiller, plutôt missi dominici. Mais je ne me déplace jamais sans informer Sarko et Guéant."
Le secrétaire d'Etat à la coopération, Alain Joyandet, ne l'ignore pas. "Il ne fait pas la politique de la France en Afrique, affirme-t-il, mais il exprime parfois des choses que nous ne pourrions pas dire." Claude Guéant explique qu'il "aime bien bavarder avec lui des réalités africaines". "Il perçoit l'importance des phénomènes tribaux, des croyances, argumente le secrétaire général de l'Elysée.Mais nous ne lui confions aucune mission. Et s'il prétend avoir vendu aux pouvoirs publics sa préférence personnelle, il va au-delà de son rôle." Bruno Joubert, le conseiller Afrique du chef de l'Etat, voudrait pour sa part ne lui voir jouer qu'un rôle d'informateur sur la vie privée des chefs d'Etat africains, comme lors de l'hospitalisation d'Omar Bongo, que la France n'a pas apprise par les canaux diplomatiques officiels.
Robert Bourgi tourne cela autrement : "Au Gabon, la France n'a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c'est Ali Bongo, explique-t-il en souriant. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l'électeur le comprendra."
Il a en tout cas su se faire adouber symboliquement par le nouveau président français en figurant dans le cercle réservé à la famille, lors de la cérémonie d'investiture, le 16 mai 2007. Puis se faire remettre la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy, le 27 septembre 2007. Obtenir, au nom d'Omar Bongo, le renvoi du ministre de la coopération Jean-Marie Bockel, coupable d'avoir déclaré mettre fin à la Françafrique. "Il a gravi un à un une échelle qui a accrédité l'idée de sa surpuissance et augmenté le nombre de dirigeants prêts à payer ses services", reconnaît l'écrivain Jean-Christophe Rufin, ambassadeur de France au Sénégal. Il appartient aujourd'hui au premier cercle des donateurs de l'UMP, ceux qui peuvent donner au maximum 7 500 euros et apporter les contributions de leurs amis.
Sur le plan politique, la puissance de Robert Bourgi est cependant plus fluctuante qu'il le laisse croire. Il ne monnaie plus son entregent que dans cinq ou six pays sur les cinquante-trois que compte l'Afrique. Mais nombre de diplomates craignent que son influence auprès de Nicolas Sarkozy reflète l'idée que le président se fait de l'Afrique, celle d'"un continent qu'on ne tient que par les barbouzes".

Raphaëlle Bacqué et Philippe Bernard (Le Monde)

EXCLUSIF: Bourgi révéle encore: C’est Youssou Ndour qui m’a demandé de parler…Wade a aussi demandé l’intervention militaire de la France…,


Il est connu comme une icône de la Françafrique, cette relation trouble entre la France et ses anciennes colonies. Conseiller officieux mais influent des chefs d’Etat français, mais aussi d’Afrique, il a jeté un pavé dans la mare d’Abdoulaye Wade , et surtout de son fils Karim avec lequel il entretenait des relations très poussées, en démentant..son démenti sur son appel à l’intervention des forces françaises. Il nous a reçu, dans son bureau parisien, pour dire ce qui a été sa motivation. Non sans nous faire des confidences détonantes.

(Paris-Envoyé Spécial)- «Je ne soutiendrais personne contre mon peuple. J’ai apporté un démenti à Karim Wade par devoir de vérité et par engagement pour le Sénégal où son père est arrivé en 1918, et ma mère en 1933. Tous les deux y sont enterrés, ainsi que mes frères et soeurs décédés. Moi-même je reposerai à Yoff, s’il reste de la place quand je mourrais ». Vint-quatre heures après sa fracassante sortie par laquelle il a apporté un démenti au démenti de Karim Wade qui niait l’avoir sollicité pour une intervention de l’armée française contre les manifestants qui réclamaient l’électricité, le sémillant avocat nous a reçu à son cabinet dans le 16 éme arrondissement français, dans la même rue où logeait Abdou Diouf après son départ du pouvoir et du Sénégal. Robert Bourgi ne renie pas ses relations et son soutien aux Wade. Seulement, nous dit-il, « j’ai été frappé par la dérive prise par le pouvoir, sous l’impulsion de Karim Wade ». [xalimasn.com]L’homme, pour occupé qu’il est, n’en est pas moins accessible: des contacts dans quelques prestigieux journaux pour avoir son contact, un coup de fil passé entre la multitude qu’il reçoit de partout, et le tour est joué. Mais lorsqu’il décide d’opposer le silence, rien n’y fait. Ainsi, nous raconte-t-il, « depuis hier Karim Wade a tenté de m’appeler plus d’une dizaine de fois, passant aussi par des membres de ma famille. Il a même appelé Claude Guéant (ministre français de l’Intérieur), qui lui a répondu: Robert sait ce qu’il fait ».
Revenant sur le fameux appel paniqué de Karim Wade dans la soirée du 27 juin, il nous confie que le fils du président a invoqué les manifestations pour dire: «Ils ont incendié la maison de 3 ministres, ils sont devenus fous. Avec les Français qui vivent ici, tout peut arriver… » Ce à quoi l’icône de la Françafrique, un moment le collaborateur le plus proche de Jacques Foccart, indique avoir répondu: « Je ne suis pas habilité à le faire. Et même si je l’avais été je ne l’aurais pas fait. Ton père et toi avez les numéros de Guéant et Sarkozy, vous n’avez qu’à les appeler ».

Après Karim, l’appel de Wade…

Mais le pire, dans ce que nous confie me Bourgi, c’est que quelques minutes après le fils, c’est le père, le président Wade lui-même qui l’a appelé. Pour formuler la même demande d’intervention des forces françaises. « Tonton, tu sais combien j’ai de l’affection pour toi, et combien je suis engagé à tes côtés. Mais là, c’est non, et définitivement. Je pense que si les la situation était aussi cahoteuse que Karim l’a décrite, l’ambassadeur Normand aurait avisé l’Elysée. Mais ce ne serait jamais pour demander l’intervention de l’armée française alors que leurs citoyens qui vivent là-bas ne sont pas menacés»…
Les preuves de ces appels existent. L’avocat franco-sénégalais confie qu’il a été très tourmenté par cette demande, et surtout par les dénégations qui se sont ensuivies. [xalimasn.com] « Lorsque l’Express a sorti son article, Karim Wade m’a appelé, pour me dire qu’il allait démentir. Je lui ai conseillé de ne pas le faire. Après son démenti et celui de l’ambassade du Sénégal à Paris, il m’a demandé d’en faire autant. Là, je me suis dit qu’il disjonctait. Vous me voyez démentir une vérité? D’abord, je tiens à vous dire que la fuite de notre entretien est venu de Dakar. Et il y a des traces. Vous imaginez à quoi je vais ressembler si je démens, et que demain on m’oppose les preuves? Arrêtez tout cela Karim, vous en faites trop » raconte avoir dit, Bourgi. Le coup de fil qui l’aura le plus énervé est celui de Cheikh Diallo, conseiller de Karim Wade. « Depuis quand suis-je votre interlocuteur? N’essayez plus de m’appeler » dit-il lui avoir répondu.
Dans son vaste bureau parisien, aux murs fleuris de photos, dont un poster de Sarkozy, une photo de la défunte épouse de Karim, une photo des enfants du même Karim avec un mot de remerciement à Bourgi, ce denier nous confie: « Ce fauteuil sur lequel vous êtes assis, c’est là que Tanor Dieng s’est assis, c’est là qu’Idrissa Seck s’est assis. A Dakar, je suis allé rendre visite à Macky Sall, en conduisant une voiture de la présidence de la République. Je ne cache pas mes amitiés » avise-t-il, pour illustrer son propos sur ces rapports avec les personnalités politiques sénégalaises. Et pas seulement. Entre deux anecdotes, une confidence savoureuse et des instruction à son secrétariat, il passe un coup à un nommé Bizimuth, « personnalité haut placée à la présidence de la République du Gabon…
Pourquoi Karim Wade a-t-il paniqué, pour demander l’intervention de l’armée française, dans une situation de maintien de l’ordre par des forces de la police nationale? Avec un soupir de déception, Robert Bourgi avance: «Si vous saviez ce que Karim pense de nos compatriotes…»
L’histoire de son intervention à Rfm s’explique par une demande de Youssou Ndour. «Il m’a appelé pour me faire la demande, en me rappelant que je l’avais beaucoup aidé à avoir sa télévision alors que Karim Wade s’opposait à cela. Quelques minutes après que j’ai donné mon accord, sa radio m’a appelé».
Aujourd’hui, Robert Bourgi est convaincu que Karim Wade ne connait pas bien les Sénégalais, et qu’il sous-estime «le génie de notre peuple». Car, avance-t-il, «J’ai tout fait pour le convaincre qu’il allait droit dans le mur. Qu’il était en train de polluer la présidence de son père qui ne mérite pas cela parce qu’il a beaucoup fait pour le Sénégal. Malheureusement, Karim a tout gâché. Tout le monde le connait: il est convaincu d’être le seul à détenir la vérité», se désole celui qui dit ne point renier l’amitié des Wade, même s‘il ne se retrouve plus dans leur façon de diriger le Sénégal.

Avec Xalimasn.Com et Kotch (du vendredi 8 juillet 2011)

LA CONTRITION DES LÂCHES


Quand Papa Samba Mboup a dit «Yène gueumou lène daara», il a raison, trop raison. Moi qui vous parle, je suis ministre dans le gouvernement actuel. J’en suis à mon troisième ou quatrième décret de reconduction, je boucle quasiment mes sept ans de ministère et je sais que P.S. Mboup a raison. Pourquoi ?? Le jeudi 16 juin quand vers la fin du Conseil des ministres, le Président annonce sa «trouvaille» de projet de révision constitutionnelle, nous étions un groupe de huit ministres dont deux femmes à discuter en aparté. Je ne donne le nom de personne, ils se reconnaîtront tous ; chacun et chacune.
Verbatim
Ministre N°1 : «Non, mais, vous avez vu comment le Vieux nous a traités ? Comme des moins que rien ? Avec toutes ces années de servitude on ne peut même plus bénéficier d’un minimum de considération ? Vous vous rendez compte ?»
Ministre 2 : «En tout cas cette fois ci, c’est sûr il va se casser la gueule.»
Ministre 3 : «Tu parles !! Ça va passer comme lettre à la poste avec cette Assemblée d’analphabètes.»
Ministre 4 : «Non cette fois, je ne sais pas mais je sens que ça va caller. Il est allé trop loin.»
Ministre 5 : «Et le plus offensant dans cette affaire, c’est que c’est KMW qu’on veut nous imposer.»
Ministre 6 : «Eh parlez doucement les gars on va nous entendre.»
Ministre 7 : «Les gars y a pas de parler doucement dara !!! Je crois que ça commence à trop en faire. Il faudra qu’on se secoue.»
Ministre 8 : «Attendons de voir ce que cela va donner d’abord. Après on verra. En attendant on garde le contact Ok ?? Salut …»
Tout le monde se sépare.
Jeudi 23 Juin avec les évènements qu’on a vécus, et après le Conseil des ministres du jour, le groupe se retrouve :
Ministre 1 : «Alors vous avez vu ? Que faire maintenant ?»
Ministre 2 : «Attendre la réaction du Vieux.»
Ministre 3 : «Il n’y a rien à attendre ; il faut qu’on lui parle et qu’il entende raison.»
Ministre 4 : «Pour une fois, je suis totalement en phase avec le peuple.»
Ministre 5 : « Tu n’es pas le seul. Enfin les gens sortent dans la rue pour marquer leur désaccord profond. Et nous dans tout cela, qu’allons nous faire ?»
Ministre 6 : «Comme il convoque le Cd demain, on va se partager les tâches. Chacun d’entre nous va prendre la parole pour dire notre désapprobation de la manière dont cette affaire-là a été menée jusqu’ici l’un après l’autre, sans avoir l’air de s’être concertés. Ok ?»
Ministre 7 : «Je suis d’accord car vraiment trop c’est trop. Comme nous avons une opportunité de réagir il faut en profiter pour régler avec le Vieux un certain nombre de problèmes.»
Ministre 8 : «Ah oui : Notam¬ment la banalisation du titre de ministre. Vous avez lu Lamine Bâ dans le journal ? Il a raison. Des gens qui n’ont même pas le Bepc a fortiori le Bac sont bombardés ministre et ils nous narguent.»
Ministre 6 : «Moi celui qui me rend malade, c’est bien SMN. Vraiment ce gars-là, je ne le piffe pas. Et puis avec sa grande bouche-là il ne sort que des catastrophes.»
Ministre 8 : «Moi, je le soupçonne d’être un vrai cheval de Troie de Agne. Car figurez-vous que cet homme a tellement haï le Vieux qu’il ne peut pas du jour au lendemain, devenir un allié fidèle et digne de confiance. Je le soupçonne d’avoir organisé une brouille avec SMN pour nous infiltrer et nous miner de l’intérieur.»
Ministre 1 : « En tout cas le constat est là. Depuis que ce gars analphabète et arrogant de surcroît porte la parole, on n’entend que des inepties enrobées dans des envolées lyriques inappropriées. Il faut arrêter tout cela et on va le dire tous ensemble lors de la réunion du Cd de demain Ok ?»
A l’unisson : «Ok. A demain»
Vendredi, jour du Cd. Tout le monde est là, tout le monde retient son souffle. Les uns et les autres prennent la parole jusqu’au guignol Farba qui en rajoute avec ses larmes de crocodile. Notre «groupe» attend. Qui va parler en premier ? Chacun attend chacun. Personne ne se décide à parler. Seul le doyen Mbaye Jacques s’est un peu rebiffé avant qu’un autre analphabète du royaume ne le «massacre». Finalement personne ne parle par lâcheté. Oui ! Nous avons été lâches et le resterons toujours. Il a fallu que le Vieux nous regarde avec son crâne trop poli, ses yeux de braise et sa bouche déformée par un rictus de colère pour que tous et chacun, nous prenions peur et restions pétrifiés. Incapables de la moindre réaction. Nous n’avions rien dit et sommes restés silencieux jusqu’à la fin de la rencontre.
Nous avions fait ce que nous savons faire le mieux : casser du sucre sur le dos du Vieux et attendre que des collègues ouvrent la bouche pour les écraser avec la férocité des lâches pour plaire au Maître.
Nous sommes restés lâches par avidité, par peur, par parjure et par luxure. Nous resterons lâches pour notre famille, nos enfants, nos «guels», en somme pour notre ventre et notre bas ventre. Triste.
A toutes les échelles où l’on peut mesurer la lâcheté peut-on trouver plus lâches que Nous ? C’est pourquoi, Papa Samba Mboup a raison : «Gnoune guemou gnou dara.»

Que Dieu sauve le Sénégal

(Article paru dans Le Quotidien du vendredi 8 juillet 2011)

mercredi 6 juillet 2011

Réponse ouverte à Monsieur Karim Wade


Monsieur le Ministre d’État, Ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Énergie Puisque votre lettre est adressée à tous les Sénégalais, je m’inclus parmi les destinataires et m’autorise à vous répondre. Je sais que nous serons nombreux à sacrifier à cette obligation pour vous rappeler quelques faits concrets dont l’omission enlève à votre missive sa prétention affichée d’être «un message de vérité, de fraternité et de sincérité ». Je vous rappellerai en tout premier lieu que l’omission peut tenir du mensonge.
Votre courrier n’a en rien démontré que les attaques dont vous êtes la cible sont «profondément injustes». En lieu et place de faits concrets, vous nous servez des professions de foi et de belles intentions qui pavent l’enfer où vivent nombre de Sénégalais, du fait des choix du régime dont vous êtes dans une très large mesure comptable. Je veux tout d’abord vous signaler que vous êtes entré tardivement dans l’espace public pour y occuper immédiatement et aussi indûment des places que votre parcours politique ne justifie aucunement.
De 1974 à l’année 2000, des hommes et des femmes de votre génération se sont battus au côté du président Wade, alors que vous étiez inscrit au registre des abonnés absents. Vous n’avez jamais humé l’odeur âcre des gaz lacrymogènes, défensifs et offensifs, qui ont nourri toute une génération de combattants de la démocratie et de la liberté. Que vous disent le Parc à mazout, le triangle Sud (actuel siège de la RTS), les chassés croisés avec la police à Niari Talli, la bataille de Thiès en 1988, les luttes acharnées dans le campus de l’UCAD ?
Certainement rien ! Vous avez attendu la 25ème heure pour venir vous installer douillettement dans le giron du président Wade et prétendre travailler pour le développement de votre pays que vous aviez tranquillement déserté au cours des années de combat. Une telle posture s’appelle la facilité. Qu’est-ce qui fonde votre légitimité à occuper autant de portefeuilles ministériels ? A quoi et à qui le devez-vous ? Vos compétences techniques ? Vos galons de militant conquis dans les rues du Point E, ou au couloir de la mort ?
Je ne suis pas du camp du libéralisme même tropicalisé qui nationalise pour mieux piller. Je ne suis pas d’accord avec les orientations politiques de Modou Diagne Fada, d’Idrissa Seck, de Mbaye Ndiaye, d’Aminata Tall, de Macky Sall, d’Abdoulaye Faye, d’Ousmane Ngom. Mais force est de reconnaître qu’ils ont fait le PDS avec leur sueur et les larmes et angoisses de leurs familles, durant les années de braise. Je pourrais aussi vous citer ceux qui sont tombés au champ d’honneur avant eux, ceux qui ont fait mai 1968, les militants de la clandestinité : PAI, LD, AJ, RND, PIT, les syndicalistes de l’UNTS, le mouvement étudiant et j’en passe.
Monsieur le ministre d’État, toute personne honnête reconnaîtra, sans partager leur opinion, que le parcours politique des hommes et des femmes, qui ont conquis la démocratie qui verra naître le PDS comme fruit de leurs luttes acharnées, n’a rien de comparable au vôtre. Avec un esprit de suite remarquable, en votre absence, des jeunes de votre génération ont repris le flambeau pour produire mars 2000. On ne voit pas comment un grand absent de ces années-là a pu se retrouver au centre de la scène avec la prétention d’en être un des chefs d’orchestre. Chez moi, on appelle cela « picc beyul di mboolu ! » [Absent au moment des cultures, le moineau arrive à la récolte] Dois-je croire que vous êtes le seul Sénégalais à ignorer à quoi et à qui vous devez votre fulgurante ascension politique. Probablement, vous êtes seul aussi à ne pas l’interpréter comme une volonté de « dévolution monarchique du pouvoir ». Les Sénégalais ne s’y trompent pas. Ce n’est pas votre lettre, aussi pathétique soit-elle, qui pourra les convaincre du contraire, mais des actes concrets du démiurge de ce scénario sans envergure historique.
Oui, monsieur le Ministre, le président Wade n’a jamais dit et ne dira jamais qu’il a un projet de « dévolution monarchique du pouvoir ». Sans vous faire un procès d’intentions, nous savons par expérience que partout ailleurs où cela s’est fait, les actes nécessaires à son accomplissement ont été posés et nul ne s’y était trompé sauf ceux qui sont de mauvaise foi. Il est parfois inutile de dire tant les faits parlent d’eux-mêmes !
Je me contente juste de vous parodier pour vous faire comprendre ce qui vous arrive. Jamais dans l’histoire du Sénégal un homme n’aura fait une ascension politique aussi fulgurante dans un parti au pouvoir avec, pour seule et unique référence politique, son élection comme conseiller municipal d’un scrutin perdu par sa coalition. Ce n’est que dans les républiques bananières que l’on voit de telles situations. Dans les « Républiques non abîmées », quand un responsable politique perd les élections locales, il en assume les conséquences.
Or, à cette occasion, vous avez été le seul Sénégalais à ne pas considérer ces élections comme une rampe de lancement pour un projet caché. Ce pourquoi Pape Diop, à juste titre, vous en a voulu certainement de lui avoir fait perdre la mairie de Dakar. Cette défaite est la vôtre. Mais surtout, elle était le signal fort, que l’électeur sénégalais voulait donner au pouvoir, de son interprétation de cette candidature vers le sommet qui cachait mal le projet monarchique.
Du fait de votre candidature et de l’implication du président de la République, le scrutin local de 2009 s’est transformé en référendum. Les résultats ont été une véritable débâcle pour votre camp. Pourtant vous n’en avez pas tiré les conséquences républicaines. Quelques semaines après cette raclée électorale, en lieu et place d’une bavette, le président vous a taillé un énorme boubou ministériel qui dépasse trop largement vos épaules. Vous êtes un des rares Sénégalais à ne pas y voir un coup de pouce supplémentaire mais tout aussi inacceptable pour vous hisser vers le sommet. Après cette défaite électorale, vous n’auriez même pas dû être un secrétaire d’Etat. Apparemment vous semblez ignorer pourquoi vous êtes alors devenu « Ministre d’Etat, Ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l’Energie » ! C’est au président de la république que vous auriez dû adresser une lettre ouverte pour qu’il vous explique politiquement les raisons de votre fulgurante ascension.
Il faut vous convaincre que les attaques dont vous êtes l’objet sont à la hauteur de l’injustice qui vous place, au-delà de vos mérites personnels et du fonctionnement normal d’un Etat républicain, à des positions que vous ne devez qu’à votre relation filiale avec le président. Ce n’est pas de la haine que nous avons pour vous, c’est de l’amour pour notre patrie et notre sens de la justice et de l’équité. Dans le PDS et dans l’appareil d’Etat, on essaie de vous faire place nette et on abat les uns après les autres vos adversaires avec une distribution inéquitable des armes. Libre au PDS et à ses militants d’accepter les décisions de la Constante puisqu’ils ont accepté d’être des variables.
Mais les citoyens que nous sommes ont en partage la République, avec les mêmes droits. Nous ne vous y laisserons pas agir comme s’il s’agissait d’un patrimoine privé. Ce n’est pas de la haine, encore une fois, Monsieur le ministre, c’est le combat que le président Wade a porté, pendant un quart de siècle, contre vents et marées. Et quand il a atteint le sommet, l’Afrique et le monde ont salué sa victoire. Dommage pour lui, il a recyclé les rapaces qui avaient ruiné le crédit d’Abdou Diouf auprès de l’opinion sénégalaise. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il a déçu l’attente de ses concitoyens.
Oui monsieur le ministre, la République n’est pas un bien dont on hérite pour services rendus par nos pères. Les Sénégalais sont des passionnés du mérite et ils haïssent les privilèges, la veulerie et les prébendes et non les individus. Ils ont combattu ces tares sous la colonisation et sous Senghor. Après son passage au palais Bourbon, Abdou Diouf avait utilisé à tort le terme de haine parlant de l’opposition alors conduite par l’actuel président de la République. Lui non plus ne comprenait que les Sénégalais étaient fatigués d’être ajustés au moment où certains de ses collaborateurs, aujourd’hui dans votre camp, l’encensaient et s’adressaient aux Sénégalais avec morgue, suffisance et arrogance. Le couperet est tombé le 19 mars 2000 ! Bu geen defe la geen defoon nu defati lanu defoon ! [Vous continuez d’agir à votre façon, nous vous apportons la même riposte].
Monsieur le ministre, vous avez raison, je vois des routes et des ponts, très souvent même sur des voies déjà existantes que vous avez eu le mérite d’élargir ou de prolonger, plus d’écoles, de collèges et d’universités toutefois avec moins d’éducation. Je vois aussi des inondations, des coupures d’électricité, des détournements de milliards, le pillage des ressources foncières, la bamboula peu raffinée d’une classe de parvenus. Je vois des jeunes diplômés qui battent le macadam pour vendre de la pacotille et par milliers embarquent dans des pirogues pour se noyer dans l’Atlantique. Cela me rappelle quelques pages macabres de notre histoire.
Quand celles-ci se répètent, c’est qu’on n’en a pas tiré les leçons. J’avais entendu dire en 2000 que l’Afrique a plus besoin de ses jeunes que des milliards de l’étranger ! Je continue de souscrire à cette affirmation. La colonisation nous a laissé des écoles, des universités, des routes, des chemins de fer, des ponts. Que sais-je d’autres ? Ce legs ne lui a donné aucune légitimité, et elle a été vigoureusement combattue partout en Afrique, parfois les armes à la main. Ce que nous perdions avec ce régime ne valait pas ce qu’on y gagnait, pour répondre à la question des Diallobés !
Monsieur le ministre, vous vous plaignez d’être condamné sans être entendu, et demandez le droit à la présomption d’innocence, qui serait ignorée par vos contempteurs. Êtes-vous réellement prêt à être entendu ? Apparemment non. L’un des vôtres a tenté de vous prendre au mot, avant la lettre. Mal lui en a pris. Il y a laissé sa tête politique. Bien sûr que vous n’y êtes pour rien car ku am kuddu du lak [Nul besoin de peiner quand on a des serviteurs] ! Aujourd’hui, il croise le fer contre votre régime alors qu’il était là au moment vous étiez loin du pays et de ses problèmes.
Jamais dans l’histoire du Sénégal, un homme public sans passé politique n’aura occupé simultanément et indûment autant de portefeuilles ministériels. Tant que vous étiez une personne privée, entre Londres et Paris, personne ne vous avait attaqué. Mais, à ce que je sache, vous n’étiez pas le ministre des Affaires étrangères du Sénégal, lorsque vous êtes allé vous montrer publiquement lors du sommet du G20. Où était alors le titulaire du poste à Deauville ? Scrutez donc vos pratiques avant d’accuser les Sénégalais.
Demandez plutôt pardon aux Sénégalais et remerciez-les d’avoir toléré autant de dérives et d’indécences dans la République. Le supposé projet de dévolution du pouvoir de « père en fils » n’explique pas tout, mais permet de comprendre beaucoup d’actes posés par le pouvoir sénégalais : la tentative cachée, mais avortée de vous faire maire de Dakar, le nombre inexpliqué de ministères confiés à un seul individu, la chute de ténors du régime qui ne demandaient qu’un traitement équitable. Ce sont de tels actes, loin des rumeurs, qui font prospérer cette idée saugrenue au regard de l’histoire.
Vous êtes un des rares Sénégalais à douter de sa mise en œuvre systématique depuis des années. Du reste, le projet ne relève plus du futur. Qui dans ce pays détient autant de pouvoir que vous ? A quel titre ? Si votre ministère mettait à la SENELEC autant d’énergie que celle mobilisée par le pouvoir pour faire passer cette idée dans l’opinion, les délestages – aujourd’hui notre quotidien – seraient depuis longtemps considérés comme de très mauvais souvenirs, après avoir causé tant de dommages et de pertes à nos concitoyens.
Certains journalistes ont bon dos. C’est le président lui-même qui a allumé le feu, dégageant cette fumée qui a obscurci l’horizon de son régime, éliminé ses cadres politiques expérimentés et anesthésié ses capacités d’action. Même si j’en doute au regard de la teneur de votre lettre, j’espère que le 23 juin a réussi ce que mars 2009 n’avait pu réaliser : vous ouvrir les yeux. Vous prêchez en terrain converti, nul besoin d’apprendre aux Sénégalais qui ont depuis fort longtemps tiré les leçons de l’expérience de l’article 35 de Senghor. Ils savent de science certaine que s’opposer à tout projet de dévolution du pouvoir autre que démocratique, c’est défendre notre long héritage républicain et démocratique, acquis au prix fort du sang, des larmes et de la sueur, pour défendre l’espérance d’un Sénégal démocratique.
Monsieur le ministre, la grande confusion que les Sénégalais aimeraient voir disparaître de leur espace public, c’est celle qui dissout l’Etat dans la famille. L’insupportable intoxication à laquelle il doit être mis fin, est celle qui distille à petites doses, dans les médias d’Etat devenus patrimoine familial, l’idée qu’il y a un Sénégalais par naissance au-dessus de ses concitoyens. Une génération des combattants a porté Abdoulaye Wade au pouvoir, elle vaincra celle des profiteurs, en faisant la jonction avec celle, plus jeune, qui en a absolument marre !
Les millions de Sénégalais vous demandent moins que tout ce que vous promettez, juste de l’énergie électrique. Il est triste que 50 ans après les indépendances, les préoccupations majeures de « l’ensemble des responsables de ce pays » se fixent sur une question du XIXe siècle : « la fourniture régulière et suffisante de l’électricité dans les ménages et les entreprises ».
Au lieu de vous focaliser sur les conséquences, il vaudrait mieux vous concentrer sur les causes des « scènes de pillages, des actes de banditisme et de profanation des lieux de culte ». Occupez-vous de ceux qui ont pour principale activité le saccage quotidien des biens que nous avons en partage. C’est cela qui est à l’origine des rancœurs, de la violence relativement mineure au regard de celle perpétrée par les pauvres chômeurs de 2000 qui sont subitement devenus multimilliardaires.
Faites un tour au CICES, à la corniche, à Mbane et vous verrez des exemples édifiants de la rapacité des vôtres sur les biens collectifs. Aimer notre cher Sénégal, c’est s’interdire, sans populisme, de circuler en jet privé, quand des pans entiers de notre peuple continuent d’user des moyens de transport du néolithique. M. le ministre d’Etat, on vous a tout et trop donné, et vous nous demandez le reste. Kajoor ken dufa jël peb jël pefet ! [Au Kajoor on s’interdit de prendre le dû et l’indu] Votre camp a été aveugle et sourd au message de 2009. Le peuple vous a fait une piqûre de rappel le 23 et le 27 juin 2011. Il est grand temps de comprendre, avant la grande chirurgie de février 2012.
Patriotiquement vôtre,


Par le Pr Ibrahima Thioub (Ucad)

Réponse d’un citoyen à Karim Wade


Votre lettre à la Nation ressemble plus à une rentrée politique qu’à un message sincère adressé aux Sénégalais. Aussi bien dans son contenu que dans sa forme, elle renseigne, à degré suffisant, votre intention réelle. Vos services de communication nous semblent être aussi médiocres que leur patron en question. Et comme disait l’autre, quand un pouvoir sombre dans la déchéance, tout acte qu’il pose se retourne contre lui et l’enfonce davantage.
Première faute : moins de 15% des Sénégalais utilisent régulièrement et correctement l’Internet, donc ce moyen de communication est inapproprié pour une large diffusion de votre message. La télévision et la radio étaient mieux indiquées pour faire passer effectivement votre campagne de martyr. Cependant on vous comprend, car non seulement vous ne maîtrisez pas le wolof, mais aussi vos yeux risquaient de trahir vos vraies motivations et votre culpabilité dans tous les problèmes que nous rencontrons actuellement.

Deuxième faute : ce n’est pas à vous de vous adresser au peuple sénégalais, compte tenu de la situation grave qui sévit dans le pays actuellement, mais c’est bien au chef de l’Etat de le faire. A ce qu’on sache vous n’êtes encore qu’un super ministre de la République et pas encore notre Président.
Troisième faute : vous vous sentez érigé en bouc-émissaire à chaque fois que des difficultés surviennent dans ce pays. Et bien, la raison est très simple monsieur le ministre. Déjà en voulant vous adresser aux Sénégalais, vous vous mettez dans une posture de d’homme providentiel pour la République, au moment où il y a encore un chef d’Etat dans ce pays, un Premier ministre et un ministre de l’Intérieur. Si vous acceptez de prendre en charge les portefeuilles ministériels des Infrastructures, de la Coopération internationale, celui des Transports aériens, de l’Aménagement du territoire, de l’Energie, ne soyez pas surpris d’être, indexé, ipso facto, quand un quelconque problème survient sur l’étendue du territoire national. Votre «expertise» est directement sollicitée, car vos responsabilités sont démesurées. D’autant que vous gérez officieusement le ministère des Affaires étrangères et dernièrement vous avez snobé et ignoré maître Ousmane Ngom en demandant l’intervention de l’Armée française lors des évènements du 23 juin, alors que vous l’aviez expressément expulsée du territoire sénégalais comme un vieux démon.

Quatrième faute : on vous cite : «Je suis l’homme le plus détesté du Sénégal.» Si vous pensez que l’on vous déteste autant, de grâce rendez votre tablier et démissionnez de toutes les charges et responsabilités publiques. Vous avez l’impression d’être vomi par la majorité des Sénégalais parce que vous avez accepté que votre père injure un peuple tout entier en jurant que son fils est l’homme le plus intelligent du Sénégal.

Vous n’êtes pas sans savoir que dans les pays qui se respectent par leur démocratie et que vous avez cités, Etats Unis, Angleterre, France ; dans ces pays-là, quand un ministre est jugé responsable d’une quelconque faute de gestion, il démissionne automatiquement, a fortiori vous qui pensez être à l’origine de toutes nos difficultés. On ne vous l’a pas fait dire.

Soyez courageux monsieur Wade, prenez vos entières responsabilités et mettez-vous à l’écart de la gestion des affaires publiques de ce pays.

Cinquième faute : Si vous pensez à travers cette sortie, gagner un peu plus d’estime des Sénégalais encore réticents à votre égard, c’est parce que vous ignorez la psychologie sénégalaise. Certes nous réfutons l’injustice et les martyrs sont toujours les bienvenus dans ce pays. Malheureusement votre personnage est l’incarnation ostensible de l’injustice vis-à-vis des autres fils de ce pays qu’on a souvent écartés et méprisés à votre profit.

Votre énième tentative de coup de com est une grande méprise, car elle n’est pas sincère et les Sénégalais sont assez intelligents pour en décortiquer toutes ses subtilités et ses vrais desseins.
Si vos conseillers pensent vous aider en réussissant à gagner le pari de vous propulser à la Une de tous les journaux de ce lundi passé, cependant ils ignorent qu’il y a des analystes et spécialistes sénégalais capables de faire une lecture intelligente et approfondie de vos ambitions ina¬vouées. Et croyez nous, cette lettre ne fera que vous enfoncer d’avantage. Même si, au même moment le magazine Jeune Afrique, vient parallèlement, à votre secours, en vous mettant à sa Une, nous connaissons bien comment fonctionne cette société familiale et vos liens personnels avec Marwane Ben Yahmed.
Vous avez évoqué la date historique du 23 juin mais pas de manière intelligente. D’abord vous en parlez dix jours après. Ensuite cette date vous semble importante après que vous avez montré une arrogance inouïe aux Sénégalais chez Serigne Mbacké Ndiaye, ignorant parfaitement que les évènements du 27 sont le prolongement logique de ceux du 23.
A travers ce message, nous voyons un courtisan d’estime aux abois, nous voyons un marchand d’illusions, un affairiste en banqueroute. Nous lisons à travers ces lignes une déclaration de candidature à la prochaine élection. C’est une opération de charme, d’un futur perdant, de très mauvais goût. Votre sortie est une bombe à retardement.
Dans votre message, vous avez, sans le savoir, fait montre d’un narcissisme et d’une suffisance à votre personne. Vous vous êtes élevé à un niveau d’importance sans égal, par moments, en invoquant une fausse modestie qui en dit long sur votre personnalité. En voulant montrer votre amour pour le Sénégal, vous avez abaissé ses populations en un bas peuple.
Ce que vous devriez faire actuellement, si comme vous le prétendez, vous aimez le Sénégal, c’est convoquer une conférence de presse pour démissionner de toutes vos charges et responsabilités étatiques. Ensuite si vous croyez à la démocratie et au sens de la République, si vous aimez le Sénégal, dites à votre père qu’il y a une vie après le Palais. Demandez-lui à son tour et de manière solennelle de renoncer à sa candidature en 2012.
Si vous ne le faites pas, tout ce que vous entreprendrez d’autre publiquement sera considéré comme une nouvelle tentative de ruse pour détourner le vœu des Sénégalais qui vous ont déjà assez montré, dans leur majorité, pas une haine, comme vous le prétendez, mais un rejet tout simplement. Faîtes le pendant qu’il est encore temps. Sinon vous aurez une grande responsabilité devant l’histoire, sur tout ce qui pourrait arriver à notre cher Sénégal d’ici 2012.

Moctar BA
Citoyen, Etudiant en sciences. Po
(Le Quotidien, du Mercredi 06 Juillet 2011)